Couleur ambrée assez prononcée. Le nez sent un houblon un peu résineux et malté à la fois. En bouche, ce sont ces caractéristiques qui prédominent. Le houblon utilisé (Simcoe) est un peu lourd et sirupeux. Le corps reste houblonné correctement mais la bière manque vraiment de fraîcheur. On reste du début à la fin sur ce même houblon un peu suranné et ce n’est pas incroyable, loin s’en faut.
Dans une Berliner aromatisée, il me semble qu’il faut tout de même que l’acidité soit là. Au minimum percutante et faisant corps avec le fruité pour proposer une sensation aigrelette et vivifiante. Rien de tel ici, l’acidité est plus que discrète, voire insignifiante. Le fruité est aussi aux abonnés absents. Ça sent un léger sirop de mangue mais il ne se dégage aucun intérêt manifeste à la dégustation. C’est plat. Et, puis, ce n’est pas méchant mais avec une Sour à la mangue (soit le style de bière acide le plus courant avec les fruits de la passion), il faut amener un certain niveau de qualité pour prétendre à autre chose qu’à la médiocrité.
Dans l’article précédent, vous avez eu l’occasion de constater que, qu’importe le style utilisé, il est parfaitement possible de réunir les deux critères dont nous avons eu l’occasion de parler dans le premier article de cette série et de sortir une grande IPA. Dans ce dernier article, on va s’attarder sur d’autres IPA qui n’ont de toute évidence pas réussi à s’imposer comme de grandes IPA ou même comme de bonnes IPA…
Comme quoi même les meilleurs brasseurs peuvent se planter. Si, sans conteste, avec un ABV de 2,2, le deuxième critère (celui de la gouleyance) est respecté à la lettre, le premier critère est totalement absent. A aucun moment, le houblon n’est mis en avant. On a juste une amertume légère un peu piquante et surtout quelconque en bouche. C’est clairement insuffisant. Seul le critère de drinkability est respecté. Pas grande IPA.
L’exemple ici est un petit peu plus interpellant que le précédent car on est clairement face à une bière qui est correcte et qui pourrait même être qualifiée de bonne par certaines personnes. Mais la question de cet article n’est pas de définir une bonne IPA mais bien une grande IPA. Dans cette optique, il faut apprécier si le houblon est bien mis en valeur. Et la réponse n’est pas inconditionnelle. Oui, on sent le houblon mais est-ce qu’il est vraiment placé sur un piédestal ? La réponse est malheureusement non. Au niveau de la gouleyance, le questionnement doit rester le même. Est-ce que la bière se boit ? Oui. Est-ce qu’elle est drinkable ? Non. Les deux critères ne sont pas totalement respectés. Pas grande IPA.
Et enfin, pour finir cet article, une TIPA issue de ce qu’on pourrait dire une (très) bonne brasserie. Alors, au niveau du critère des saveurs, pas de difficulté. Le houblon est roi. Les saveurs sont puissantes, affirmées et nombreuses. Le problème, c’est que l’ensemble est difficile à boire. On est vraiment sur du concentré de houblons et ce n’est pas très agréable lors de la dégustation. Encore une fois, la question de l’équilibre (encore plus en matière de TIPA) est extrêmement important. On ne peut pas combiner tous les houblons que l’on veut pour créer des saveurs inédites et/ou puissantes sans se pencher sur la question de la drinkability du breuvage. Qu’importe les saveurs utilisées, pour faire une grande IPA, il faut que la bière reste sessionnable. Sinon on parle d’autres choses (Barleywine, Strong Ale, …). Le critère de drinkability n’est pas respecté. Pas grande IPA.
De couleur or transparent, le breuvage pose directement le décor. On est sur de la pils et le nez, au malt du même nom, est là pour le confirmer. Tant au nez qu’en bouche, les goûts sont assez discrets, pour permettre ainsi une certaine gouleyance propre aux lagers. Le twist est ici donné par une légère amertume houblonnée qui est distillée tout au long de la dégustation, ce qui permet au breuvage de se démarquer des autres lagers basiques. On est certainement pas face à de l’exceptionnel mais les bases sont maîtrisées, et on obtient un résultat convaincant.
Couleur orange claire. Effluves maltées qui rappellent le style de la Belgian Pale Ale mais avec des touches assez prononcées d’orange et, plus subtilement, de fleur d’oranger. Le corps est dans le même acabit. Ça reste facile à boire avec des goûts résolument belges. Rien de surprenant (si ce n’est un corps tout de même assez robuste avec des saveurs de zeste d’agrumes) mais, indubitablement, quelque chose de correct en bouche.
Autant je n’ai aucun mal à déguster des bières capiteuses avec des goûts parfois fort prononcés, autant j’ai vraiment du mal avec l’équilibre global d’une bière. Ici, on ne peut pas vraiment dire que les goûts ne sont pas au rendez-vous. Les brasseurs bruxellois de la Source ont en effet l’habitude de proposer des bières de caractère. Ici, le problème semble ailleurs. Le nez est fort liquoreux, avec des effluves de chocolat fourré mais aussi de fruits noirs. La comparaison avec les Quad est inéluctable. En bouche, les fruits macérés dans l’alcool se font sentir. Un peu trop pour un Porter. Mélangés avec une forte présence amère issue de la torréfaction du malt, ils rendent le breuvage très (trop ?) costaud en bouche. On passe un peu à côté des saveurs proposées et on reste presque uniquement sur le côté alcoolisé.
Maintenant que vous disposez des bases, on va passer de la théorie à la pratique. On va ainsi passer en revue certaines bières dégustées et notées sur le blog et apprécier au cas par cas s’il s’agit d’une grande IPA ou non, et pourquoi.
Pas besoin de faire des bières lourdes en taux d’alcool pour avoir du goût. Ici, on peut partir d’une simple IPA et en sortir des saveurs plus que bonnes. Le houblon est clairement là, dans le nez et dans la bouche. Il n’est pas écrasant, il n’est pas non plus exubérant mais il est distillé tout au long de la dégustation. Et c’est ce qu’on demande. Par ailleurs, le faible ABV permet une gouleyance plus qu’intéressante. Les deux critères sont respectés. Grande IPA.
Bon, si vous avez lu le blog il y a peu de temps, vous savez déjà que l’on est face à une grande bière. Les brasseurs danois de Dry & Bitter sont spécialisés dans l’IPA et leurs créations valent souvent le détour. Plus concrètement, les saveurs de houblon sont bien présentes et les goûts sont essentiellement fruités, mais amers. En bouche, l’équilibre est là et la bière passe sans problème. La difficulté relative au taux d’ABV (dû au style Double IPA) est parfaitement contournée car la bière n’est jamais lourde. Les deux critères sont respectés. Grande IPA.
Si bien souvent dans une TIPA, les saveurs houblonnées sont présentes, c’est plus au niveau de l’équilibre et de la drinkability que l’on rencontre des problèmes. En effet, le nombre de variétés de houblons utilisées et le hoprate élevé peuvent avoir une influence néfaste sur l’équilibre global de la bière. Alors, soyons honnête, ce type de bière sera inévitablement plus costaud qu’une Session IPA. C’est logique en somme. Et, a contrario, il est même idiot de croire qu’une TIPA pourra présenter une gouleyance identique à celle d’une IPA ou d’une DIPA. Le plus important en fait, c’est de vérifier si le breuvage reste agréable et facile à boire. Dans ce cas, le deuxième critère sera respecté. Si, au contraire, la bière ressemble à un jus de houblon alcoolisé, ce critère ne pourra être considéré comme rempli. Ici, dans cette bière nommée Black Hole, nonobstant l’ABV de 11, le corps reste agréable à la dégustation et même dangereusement facile à boire. Les deux critères sont bien respectés. Grande IPA.
Abbaye d’Aulne Blonde – Brasserie de l’Abbaye d’Aulne
(Pale Ale – Belgian)
Cette bière est un exemple type de ce que je n’apprécie pas dans le monde brassicole belge actuel. Des saveurs entre malt indigeste et corps sucré-enrobé avec une finale un peu piquante et artificielle. Une bière dite « d’abbaye » comme on en a déjà bue une centaine. Ce n’est pas exécrable mais clairement, c’est loin d’être passionnant. Un peu de modernité que diantre…
Gray Lava Ardbeg BA Peated Imperial Stout – Funky Fluid
(Stout – Imperial Flavored)
Waouh, quelle claque au nez. C’est vraiment le whiskey tourbé qui s’incruste dans les narines. Avec ces odeurs de sel marin et de fumé, on est littéralement transporté sur l’île d’Islay, au large de l’Écosse. Et si on pouvait avoir l’impression d’être mis face à un Arberg noir un peu pétillant, on est vite détrompé. La bouche rappelle, avec ses relents torréfiés et amer, que l’on est quand même sur un Imperial Stout. Alors, le fumé est bien là (en puissance d’ailleurs), le sel de mer aussi mais l’équilibre ne s’est pas perdu en chemin. Même le tabac parvient à se faire une place sans détruire les autres saveurs et c’est plutôt un très bon point. Une bière généreuse aux goûts puissants qui ravira sans aucun doute les fans de whiskey tourbé. Les autres apprécieront la justesse des saveurs. Du très costaud.
On sent tout de suite que l’on a affaire à une Double IPA. Le nez est riche en saveurs, notamment de fruits confits et d’herbes odorantes. La bouche est costaude. On est sur de l’amer puissant mais aussi du liquoreux. Ces deux saveurs persistent dans le palais et ce même après. Alors, oui, on est sur des goûts affirmés mais ce n’est pas vraiment agréable en bouche. La présence alcoolique est trop perceptible pour que l’on puisse qualifier la bière de drinkable.