Couleur blonde sombre et trouble. On est sur un nez bien houblonné qui offre des effluves à la base herbacées et vivifiantes. La bouche tourne bien autour du houblon qui reste légèrement sucré au cours de la dégustation. C’est enrobé, c’est doux mais on a aussi droit à une amertume dans la finale. Rien d’exceptionnel mais une I2PA de qualité qui se laisse boire.
Comme chaque année, nous allons parler des bières qui, indépendamment de leurs qualités intrinsèques, auront marqué cette année 2024 en ce qui me concerne. Il s’agit, comme vous l’avez compris, d’un classement purement personnel et il n’engage évidemment que moi. A cet égard, difficile de commencer à parler de mon année brassicole sans évoquer mon périple au Canada qui aurait été haut en couleurs…
Si, clairement, la bière est loin d’être excellente, elle m’aura été proposée à plusieurs reprises lors de notre voyage. La faute sans doute au frigo de nos « hôtes » qui ne contenait visiblement que cette IPA de la brasserie Archibald. Elle symbolise néanmoins à merveille l’hospitalité québécoise qui aura été le fil rouge de cette aventure de début d’année. J’aurai notamment eu l’occasion de la goûter lors de notre soirée d’accueil sur Laval et dans un restaurant où, de manière étonnante, les clients pouvaient amener eux-mêmes leurs boissons.
Peut-être pas non plus la meilleure des IPA que j’ai goûtée cette année mais elle symbolise à merveille une soirée un peu hors du temps du côté de Toronto. Entre BBQ de qualité, apéritif fort arrosé et concert musical, difficile de retranscrire pleinement les émotions liées à ce moment où nous avons, à nouveau, pu apprécier l’hospitalité des habitants du Canada. Ces deux nuits à Markham, près de la plus américaine des villes canadiennes, auront été ainsi marquantes à bien des égards. D’une part, parce qu’on aura vécu deux soirées plus que festives. D’autre part, parce qu’elles auront été la preuve que, qu’importe la distance, les liens familiaux restent importants.
La bière avait déjà marqué notre périple au Canada huit ans plus tôt, soit en 2016. Au cours d’une soirée dans la réserve Indienne de Oka, j’avais eu l’occasion de tomber sur un amateur de bonnes bières qui m’avait proposé le fleuron de LTM en le définissant comme l’une des meilleures bières qu’il avait eu l’occasion de goûter. Et à raison puisque ce Porter m’avait profondément marqué aussi. Quel magnifique rappel que de constater que cette personne n’avait pas oublié cet événement. Lors de mon passage cette année, j’ai ainsi eu le plaisir de goûter à nouveau ce Porter baltique de grande qualité. Et quelle dégustation ! Parfois, et même souvent, les bières que j’ai eu l’occasion de goûter dans le passé ont du mal à garder leur intérêt des années plus tard. Là, ce n’est pas le cas. La bière est restée telle qu’elle était dans mon souvenir : pleine de caractère et chaleureuse. Facilement, dans le top 3 des bières marquantes de cette année.
Une année 2024 qui aura été peut-être riche en bières de qualité mais qui m’a encore mal de quelques bières à A+ pour être considérée comme une grande année. Peut-être est-ce la faute aux choix de dégustation opérés par la rédaction, peut-être est-ce tout simplement dû à une légère lassitude provenant du palais de votre humble serviteur. Quoi qu’il en soit, la gamme Rackhouse de Lervig aura été présente tout au long de l’année pour relever le niveau. On notera également la progression presque fulgurante de la scène hispanique concernant le style IPA.
La Cuvée de Tomme est une Sour de qualité brassée par la légendaire (ou à tout le moins mythique) brasserie de The Lost Abbey. Au cours des années 2010 et 2011, la brasserie aura incarné la plupart de mes fantasmes brassicoles. Ayant dégustée une Ten Commandments et une Judgment Day (la version classique et la version pour la fin du monde selon le calendrier maya) au sein du Hoppy Loft (la section connaisseur du Delirium à Bruxelles du temps de sa gloire, actuellement passée), je me suis vite pris d’affection pour cette brasserie qui propose des classiques belges à la sauce américaine.
Pris d’une passion débordante pour cette brasserie, j’ai été amené à effectuer de nombreux déplacements jusqu’à Mi-Orge Mi-Houblon du côté de Neufchâteau pour déguster les mythiques Carnevale, Ten Commandments, Angel Share et Cuvée de Tomme. Ce sera cette dernière, présentée comme le fleuron de la brasserie, imaginée pour le gérant des lieux, qui retiendra tout particulièrement mon attention. Mélange délicat de framboises, effluves de Bourbon, corps puissant mais également gouleyant grâce à l’acidité offerte par la fermentation en fûts de chêne, difficile de trouver un véritable défaut à cette bière pleine d’originalité et de saveurs. Véritable étoile finale, le breuvage sera impossible, ou presque, à localiser dans les années qui suivirent
Quelle surprise lors de cette fin d’année 2024 de constater que la bière était disponible à l’achat. Le problème c’est que la seule version disponible était un millésime de 2012, soit une bière datée de plus de douze années. Vu l’aura de la bière, je dois admettre que je n’ai pas hésité une seule seconde. Et quel dommage ! Dire que la dégustation ne s’est pas bien passée est un euphémisme. Alors qu’on s’attendait à avoir un breuvage équilibré et plein de saveurs, on a plutôt eu une Sour extrêmement acide et très proche du vinaigre. Quel dommage que cette bière ait été réduite à cela… Visiblement le poids des années a été plus important…
Couleur noire sombre. Odeurs de Porto assez prononcées au nez. On est sur des effluves de Madère qui viennent apporter une touche fruitée au breuvage. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le corps n’est pas agressif. On est sur un mélange de dessert doux entre chocolat au lait et framboises. L’ajout de vanille et de baies rouges est discret et délicat. L’équilibre est appréciable même si on pourrait souligner un petit manque de puissance dans la bouche. La finale offre un méli-mélo entre le malt torréfié-chocolaté et la liqueur Chambord. Elle tient en bouche un temps appréciable sans pour autant être percutante.
Four : Double Chocolate Stout – La Source Beer Company
(Stout – Imperial Pastry)
Couleur noir foncé. Nez de malt torréfié et de chocolat noir. Les fèves de cacao sont prédominantes. La bouche est assez axée sur le chocolat noir et amer. Ce n’est pas du tout sucré et c’est une bonne chose. L’ensemble de la dégustation est basée sur le cacao végétal et amer. Pas de fulgurance particulière, pas de goût incroyable, mais un Stout qui risque de qualité. On aurait toutefois aimé un travail plus approfondi et plus recherché sur le chocolat.
7th Year Anniversary Bloody Mary Smoothie – Arpus Brewing Company
(Sour – Smoothie)
Consistance aussi solide que liquide. Couleur rouge façon purée de tomate. Le nez dégage des arômes marqués de tomate. Touche de Tabasco pour élever le mélange. On est vraiment dans les traceurs du cocktail Bloody Mary. La bouche respire la purée de tomates. Chair et jus. La sensation est étrange. On a, à la fois, la texture de la tomate et l’acidité (légère) de la Sour. La finale est plus axée sur le côté concentré de tomates. On retrouve alors dans le palais la sauce Worcestershire et le Tabasco pour accompagner la fin de la dégustation. Alors, que penser de cette bière ? Si l’ensemble des saveurs qui composent le cocktail Bloody Mary est parfaitement retranscrit, difficile de considérer cette boisson comme une bière à part entière. Si la performance réalisée pousse à l’applaudissement, ce n’est certainement pas quelque chose à faire à nouveau.
9th Anniversary Salsa Verde – Basqueland Brewing Company
(IPA – Triple New England)
Couleur jaune orangée trouble. Nez très exotique. On est sur de la noix de coco, de la mangue et du citron vert. Façon cocktail des îles. La bouche est complexe et intense. Malgré l’ABV, l’ensemble reste agréable à la dégustation. Le nouveau houblon HBC 1019 apporte des saveurs agréables de pêche, d’oranges amères mais aussi de miel et de bananes caramélisées. La finale offre, quant à elle, une amertume costaude qui diffuse tout au long de cette dégustation un arrière-goût de houblon résineux et fruité.
Couleur jaune trouble. Arômes odorants de citron rafraîchissant et résineux. Les saveurs olfactives tournent autour des agrumes mais on a tellement plus que ça. En bouche, le breuvage est doux mais également complet et complexe. Les fruits tropicaux sont présents. On perçoit ainsi l’ananas, la mangue et les fruits de la passion. Le tout est parfaitement équilibré et offre un corps dense mais gouleyant à la fois. Une IPA pleine de saveurs, avec du caractère et une facilité déconcertante à être dégustée.
Couleur jaune transparente. Effluves de houblon herbacé. La bouche est assez végétale, un peu herbacée avec un accent mis sur la chlorophylle. Assez sèche sur la finale. Petite touche amère qui tient bien dans le palais et qui permet à cette douce IPA d’offrir une dégustation appréciable mais peut-être pas mémorable.