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Que boire avec du homard ?

Mets de luxe, ce crustacé est souvent accompagné d’un vin blanc à forte minéralité (Chablis à tout hasard). Mais quid si on veut boire de la bière avec ?

La combinaison classique

S’il vous apparaît difficile de marier des mets comme les fruits de mer et la bière, vous n’avez sans doute jamais passé une journée à la Vlaams Kust. Sur la côte belge, le plus quelconque des tenanciers de café connaît l’association classique des crevettes grises avec de la Rodenbach. Il s’agit d’un mariage connu de longue date pour les amoureux des fruits de mer. Le côté acide et tannique de cette Red Flanders contrebalance à merveille le goût si particulier des crustacés. Les touches surettes accentuent, complètent et tonifient la minéralité des produits de la mer, et plus particulièrement la crevette grise au goût si concentré. Alors, certes, on est dans l’opposition des saveurs mais le tout marche très bien.

Et dans le même genre ?

A ce stade de la réflexion, vous pourriez arriver à la conclusion que les sour ales marchent avec les fruits de la mer et peut-être auriez-vous l’envie de servir un Lambic avec votre crustacé. La chose ne marchera pas, à tout le moins pas aussi bien. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas uniquement le côté acide de la bière qui fonctionne avec ce type de produits. Il ne s’agit pas ici de trouver le style de bière le plus vineux pour le faire remplacer un vin blanc classique. L’avantage de parer le repas avec une bière, c’est justement de proposer une saveur différente au consommateur mais qui convient tout aussi bien au produit dégusté, voire même plus, et ce en profitant du large choix qu’offre ce breuvage. Sinon autant prendre une bonne bouteille de vin blanc. L’apport d’une Red Flanders pendant une dégustation de crevettes grises est tout autre que celui d’un vin. Les touches légèrement fruitées, presque de vinaigre balsamique (qu’on sait fort complice avec les produits frais de la mer), mais toujours tanniques que dégagent ce type de bière renforcent vraiment le goût desdits mets. Alors, si on peut accompagner du homard avec une bonne Red Flanders (à tout hasard, une Rodenbach Grand Cru), il y a peut-être moyen de faire mieux encore. Parce que les crevettes grises, ce n’est pas du homard et le goût de ce dernier est tout de même différent. A ce titre, il peut être intéressant de proposer une bière de type Gose. Le côté tannique et suret reste présent lors de la dégustation sans pour autant que le goût ne soit vineux comme pour des Lambics. Et on sait que c’est cela qui convient pour des crustacés. Par ailleurs, le côté ajout de sel dans la Gose rappelera inéluctablement le caractère iodé du crustacé. On a alors ici des accords de complémentarité en plus de ceux de contraste.

Pour déguster un homard, nous aurons donc tendance à conseiller une Gose légère et sans ajout de fruits tel que la Salty Kiss de Magic Rock Brewing.

En conclusion ?

Si les foodpairing proposés ci-dessus peuvent parfaitement convenir avec un homard seul, le mariage ne sera pas autant réussi si le homard est servi accompagné. Il convient donc de trouver le point commun entre le crustacé susdit et son acolyte culinaire. En règle générale, gardez à l’esprit qu’en partant des principes développés ci-dessus et en ajustant avec plus de précision le choix de la bière par rapport aux accompagnements (risotto, purée, …), vous tomberez souvent dans le juste.

Ainsi, pour agrémenter parfaitement un plat de homard, nous vous conseillons une bière qui offre :

d’une part, des saveurs tanniques qui peuvent rappeler un vin acide ;

d’une part, un côté acidulé-aigrelet-voire un peu fruité qui jouera parfaitement le contraste avec la chair iodé du produit ;

et enfin, la cerise sur le gâteau, et si vraiment c’est possible, un soupçon de sel pour servir de condiment au crustacé, produit de la mer.

Les accord sont nombreux et, finalement, en respectant les principes ci-dessus, vous trouverez sans difficulté la bière qui convient le mieux à votre homard.

02 - 85+, 03 - Farmhouse

Moinette Blonde

Moinette Blonde – Brasserie Dupont
(Farmhouse – Saison)

Une des classiques belges en matière de Saison. Lors de la dégustation à l’aveugle, la renommée de la brasserie ne rentre pas en ligne de compte mais il reste acquis que le breuvage est de grande qualité. Au nez, le houblon est fleuri, ça sent à la fois le fruité léger et le terreux de la campagne. Dans la bouche, c’est ce second aspect qui ressort, houblon très correct, longueur de bouche appréciable avec une sécheresse très intéressante dans le palais. Un mètre-étalon en la matière.

B+

02 - 70+, 03 - Pale Ale

Victoria

Victoria – ABInbev
(Pale Ale – Belgian Strong)

Petite dernière de la gamme mondiale et tentaculaire détenue par le géant brassicole de ABInbev, la Victoria a pu jouir d’un matraquage médiatique ces derniers mois. Dans ces publicités, il est mis en avant le fait que la bière a été brassée avec des ingrédients naturels. A la dégustation, tous les beaux slogans marketing disparaissent. Reste finalement une bière très lourde en bouche. Beaucoup de céréales mais peu d’intéressantes et avec un goût prononcé d’alcool. On dirait vraiment une Duvel ratée où l’équilibre est clairement foireux.

C

02 - 70+, 03 - Pale Ale

Grimbergen Caractère Houblon

Grimbergen Caractère Houblon – Brouwerij Alken-Maes
(Pale Ale – Belgian Strong)

Nouvelle bière de la gamme sans cesse grandissante Grimbergen, ce breuvage a pour but de mettre l’accent sur le houblon de qualité qui aurait été utilisé pour brasser cette bière. J’emploie le conditionnel parce que, sincèrement, c’est loin d’être flagrant. Nez très léger, légèrement aromatisé mais sans fulgurance particulière. La dégustation ne permet pas de déceler des houblons de qualité. L’amertume est quelconque, un peu sale et artificielle. J’ai dégusté cette bière avec une Delta IPA de Brussels Beer Project et, sans discussion possible, la seconde a totalement éclipsé la première.

C-

02 - 75+, 03 - Pale Ale

Grimbergen Blonde

Grimbergen Blonde – Brouwerij Alken-Maes
(Pale Ale – Belgian)

Alors, d’accord, la bière n’est pas foncièrement mauvaise mais elle ne peut pas non plus être qualifiée de bonne. Odeurs forts industrielles. Bouche quelconque mais facile à boire. Quelques touches ci et là de malt classiquement belge. Rien d’extraordinaire.

C

02 - 85+, 03 - Farmhouse

Easy Evil

Easy Evil – Anchorage Brewing Company
(Farmhouse – Brett Flavored)

Noire aux reflets rouges foncés, la robe de ce breuvage rappelle le vin rouge. Le nez respire les mûres sauvages. On y sent l’acidité et la fraîcheur desdites baies, ce qui est vraiment très sympathique. Le corps s’ouvre sur une acidité surette de Brettanomyces qui vient par la suite tapisser de tanins revêches le palais. Dommage que ce côté « mûres sauvages » ne soit pas plus exploité en bouche et que l’aigrelet prenne le dessus lors de la dégustation sans vraiment offrir de contrepartie.

B

02 - 75+, 03 - Farmhouse

Glitter and Gold

Glitter and Gold – Perennial Artisan Ales
(Farmhouse – Saison)

Or pâle transparent. Nez léger avec saveurs florales prédominantes. Un peu de miel (apparemment du miel du Michigan est ajouté au brassin) subtil. En bouche, ça passe facilement, reste assez gouleyant mais rien de folichon au niveau des saveurs. Manque vraiment de punch.

C+

02 - 80+, 03 - Pale Ale

Saint-Feuillien Blonde

Saint-Feuillien Blonde – Brasserie Saint-Feuillien
(Pale Ale – Belgian Strong)

Assez aromatique au nez : épices, citronnelle et malt typiquement belge. L’entrée en bouche est assez forte (trop?), l’alcool est bien présent et le corps est malté à souhait. En toute objectivité, la bière est peut-être correcte mais on a vraiment l’impression qu’elle est trop à cheval entre les catégories Belgian Pale Ale et Belgian Strong Pale Ale. Fin de bouche un peu éthérée. Corps costaud. Finalement, trop lourde pour appartenir à la première, trop avare en saveurs pour être dans la seconde.

B-

02 - 80+, 03 - Dark Ale

Bored Panda

Bored Panda – Brewski
(Barleywine – English Flavored)

Un Barleywine vraiment costaud. La brasserie suédoise de Brewski tente de nouvelles expériences en dehors de ses standards Sour et IPA aux fruits frais. Et ça reste dans le correct. Arômes de vanille et de chocolat. Ouverture en bouche très sucrée, sur des esters fruités qui se mélangent au goût vanille-cacao déjà présent au nez. Corps liquoreux voire sirupeux. Longueur de bouche non négligeable. Malgré le fait que le mariage des divers goûts n’est pas nécessairement harmonieux, le tout passe plutôt bien lors d’une dégustation, et non avec une pizza comme sur la photographie.

B

02 - 85+, 03 - Porter & Stout

Follow Me Into The Dark

Follow Me Into The Dark – Beerbliotek
(Porter – American)

Couleur noire foncée. Odeurs très intéressantes de café, de chocolat amer et de noix. On a vraiment tout le package du Porter américain au nez. En bouche, les saveurs restent sur ce mode chocolat amer/malt torréfié et le moins qu’on puisse dire c’est que l’équilibre est bien maîtrisé. Par ailleurs, la bière (notamment vu l’ABV très léger, plus ou moins 5) est très facile à boire et on a vraiment envie d’y revenir. Comme quoi, il n’est pas nécessaire de proposer toujours une boisson super costaude lorsqu’on parle de Porter ou de Stout ; un breuvage facile à boire, mais pas avare en saveurs, suffit largement.

B+