01 - Articles

Qu’est-ce qui fait une grande IPA ? – # 2

Maintenant que vous disposez des bases, on va passer de la théorie à la pratique. On va ainsi passer en revue certaines bières dégustées et notées sur le blog et apprécier au cas par cas s’il s’agit d’une grande IPA ou non, et pourquoi.

Pas besoin de faire des bières lourdes en taux d’alcool pour avoir du goût. Ici, on peut partir d’une simple IPA et en sortir des saveurs plus que bonnes. Le houblon est clairement là, dans le nez et dans la bouche. Il n’est pas écrasant, il n’est pas non plus exubérant mais il est distillé tout au long de la dégustation. Et c’est ce qu’on demande. Par ailleurs, le faible ABV permet une gouleyance plus qu’intéressante. Les deux critères sont respectés. Grande IPA.

Bon, si vous avez lu le blog il y a peu de temps, vous savez déjà que l’on est face à une grande bière. Les brasseurs danois de Dry & Bitter sont spécialisés dans l’IPA et leurs créations valent souvent le détour. Plus concrètement, les saveurs de houblon sont bien présentes et les goûts sont essentiellement fruités, mais amers. En bouche, l’équilibre est là et la bière passe sans problème. La difficulté relative au taux d’ABV (dû au style Double IPA) est parfaitement contournée car la bière n’est jamais lourde. Les deux critères sont respectés. Grande IPA.

Si bien souvent dans une TIPA, les saveurs houblonnées sont présentes, c’est plus au niveau de l’équilibre et de la drinkability que l’on rencontre des problèmes. En effet, le nombre de variétés de houblons utilisées et le hoprate élevé peuvent avoir une influence néfaste sur l’équilibre global de la bière. Alors, soyons honnête, ce type de bière sera inévitablement plus costaud qu’une Session IPA. C’est logique en somme. Et, a contrario, il est même idiot de croire qu’une TIPA pourra présenter une gouleyance identique à celle d’une IPA ou d’une DIPA. Le plus important en fait, c’est de vérifier si le breuvage reste agréable et facile à boire. Dans ce cas, le deuxième critère sera respecté. Si, au contraire, la bière ressemble à un jus de houblon alcoolisé, ce critère ne pourra être considéré comme rempli. Ici, dans cette bière nommée Black Hole, nonobstant l’ABV de 11, le corps reste agréable à la dégustation et même dangereusement facile à boire. Les deux critères sont bien respectés. Grande IPA.

02 - 75+, 03 - Pale Ale

Abbaye d’Aulne Blonde

Abbaye d’Aulne Blonde – Brasserie de l’Abbaye d’Aulne

(Pale Ale – Belgian)

Cette bière est un exemple type de ce que je n’apprécie pas dans le monde brassicole belge actuel. Des saveurs entre malt indigeste et corps sucré-enrobé avec une finale un peu piquante et artificielle. Une bière dite « d’abbaye » comme on en a déjà bue une centaine. Ce n’est pas exécrable mais clairement, c’est loin d’être passionnant. Un peu de modernité que diantre…

C

02 - 90+, 03 - Porter & Stout

Gray Lava

Gray Lava Ardbeg BA Peated Imperial Stout – Funky Fluid

(Stout – Imperial Flavored)

Waouh, quelle claque au nez. C’est vraiment le whiskey tourbé qui s’incruste dans les narines. Avec ces odeurs de sel marin et de fumé, on est littéralement transporté sur l’île d’Islay, au large de l’Écosse. Et si on pouvait avoir l’impression d’être mis face à un Arberg noir un peu pétillant, on est vite détrompé. La bouche rappelle, avec ses relents torréfiés et amer, que l’on est quand même sur un Imperial Stout. Alors, le fumé est bien là (en puissance d’ailleurs), le sel de mer aussi mais l’équilibre ne s’est pas perdu en chemin. Même le tabac parvient à se faire une place sans détruire les autres saveurs et c’est plutôt un très bon point. Une bière généreuse aux goûts puissants qui ravira sans aucun doute les fans de whiskey tourbé. Les autres apprécieront la justesse des saveurs. Du très costaud.

A

02 - 75+, 03 - IPA

Could This Be Magic ?

Could This Be Magic ? – Brouwerij Frontaal

(IPA – Double New England)

On sent tout de suite que l’on a affaire à une Double IPA. Le nez est riche en saveurs, notamment de fruits confits et d’herbes odorantes. La bouche est costaude. On est sur de l’amer puissant mais aussi du liquoreux. Ces deux saveurs persistent dans le palais et ce même après. Alors, oui, on est sur des goûts affirmés mais ce n’est pas vraiment agréable en bouche. La présence alcoolique est trop perceptible pour que l’on puisse qualifier la bière de drinkable.

C+

01 - Articles

Qu’est-ce qui fait une grande IPA ? – # 1

Comme déjà évoqué dans un article précédent, le style IPA n’est pas un des plus simples à maîtriser. Une IPA ce n’est évidemment pas une bière pleine de saveurs houblonnées. C’est avant tout un mariage. Un mariage entre les saveurs marquées de houblon et la facilité à boire.

Saveurs marquées de houblon

Qu’on ne s’y trompe pas non plus, l’IPA c’est avant tout la bière qui fait (sans doute le plus) la part belle aux houblons. Il nous semble impératif que cette saveur, base de la bière, puisse être retrouvée facilement par le dégustateur lambda. Actuellement, la multitude de houblons différents (outre ceux créés artificiellement) permet de varier les senteurs et les goûts presque à l’infini. Fruitées, amères ou encore herbacées, les possibilités sont nombreuses mais il faut que le houblon soit au centre des débats. Que l’on ne puisse l’ignorer. Sans pour autant être étouffantes, les saveurs doivent être marquées.

Facilité à boire

A mon estime, lorsque l’on déguste une IPA, il faut que l’on puisse le faire à n’importe quel instant. Si certains types de bière s’associent mieux avec certains moments de la journée ou certaines occasions (un Barleywine en fin de repas, une Dark Ale en hiver, une blanche avec des fruits de mer), ce n’est pas vraiment le cas de l’IPA. Alors, oui, bien évidemment, ce type de bière fait d’excellents foodpairing avec des plats épicés ou avec certains mets aux saveurs relevés. Mais il a pour caractéristique majeure de pouvoir se déguster à tout moment, un peu comme un Lager. C’est cette caractéristique qui me semble indispensable pour couronner une grande IPA.

Différents styles de IPA

Avec la démocratisation de la bière et l’expansion de microbrasseries toujours avides de proposer des saveurs nouvelles, on se retrouve actuellement avec de nombreux styles d’IPA. À mon humble avis, les critères explicités au-dessus ne changent pas en fonction du style proposé. Que ce soit une IPA américaine, belge ou encore Hazy, à mon estime, il faut impérativement que les deux critères précitées s’y retrouvent. Bien évidemment, les problèmes rencontrés seront donc différents en fonction du type d’IPA. Dans un modèle simple, le critère de drinkability sera évidemment beaucoup plus vite rempli que dans des triple IPA. Dans ces dernières, le critère de goût ne devrait par contre pas poser de problème mais l’équilibre global sera sans doute plus difficile à respecter pour offrir au final un produit rafraîchissant. Qu’à cela ne tienne, à mon humble avis, si vous cherchez une grande IPA, qu’importe la catégorie dans laquelle elle se trouve, il faut impérativement que les deux critères soient parfaitement rempli…

02 - 85+, 03 - Dark Ale

Abt 12

St. Bernardus Abt 12 – Brouwerij Saint Bernardus

(Dark Ale – Belgian Quad)

La bière qui se rapproche le plus de la mythique Westvleteren XII (même recette en fait). Un très bon investissement si vous souhaitez découvrir cette bière quasiment introuvable hors-Belgique. Et un très bon investissement niveau goût. On est sur du costaud au nez : malt grillé, sucre brun presque liquoreux et fruits noirs macérés dans l’alcool. Corps charpentu mais sans pour autant être éthérique. Les saveurs de la Dark Ale sont bien là. Le mix entre le malt grillé un peu âpre et le côté liquoreux des fruits d’automne est réussi. Finale longue et réchauffante. Saveurs diffuses tout au long du palais. Sans nul doute l’archétype de la Quad belge.

B

02 - 85+, 03 - IPA

IPA Tone 0401

IPA Tone 0401 – Sibeeria
(IPA – Milkshake)

On sent déjà des saveurs fort intéressantes au nez puisque, si le houblon est présent, on perçoit également une touche citronnée un peu acide ainsi que de la douceur vanillée (très discrète). En bouche, la rondeur du breuvage frappe directement. On est sur un tapis crémeux et lisse sur lequel les houblons viennent s’épanouir. Alors, peut-être que lesdits houblons (avec pareille base) auraient gagné à s’épanouir de manière plus franche mais, toujours est-il que l’ensemble reste harmonieux et se déguste sans grande peine. On est dans le soyeux, les houblons sont tout de même là (amertume résineuse présente) et on a même une touche de vanille légère qui vient chatouiller le palais en fin de dégustation. Difficile quand même de faire la fine bouche.

B

02 - 80+, 03 - IPA

IPA Tone 0205

IPA Tone 0205 – Sibeeria
(IPA – New England)

Malgré cette volonté des brasseurs de proposer une bière légère et rafraîchissante, reste cette sensation d’avoir tout de même quelque chose de sirupeux en bouche. Si le nez daigne nous offrir quelques arômes sympathiques de pamplemousse et de fruits exotiques (papaye notamment), l’entrée en bouche n’est pas nécessairement exceptionnelle. La faute à un houblon un peu sirupeux qui vient directement toucher à l’équilibre global de la bière. Pas une mauvaise cuvée mais pas non plus incroyable.

B-

02 - 80+, 03 - Pale Ale

Vesna

Vesna 2021 – Sibeeria
(Pale Ale – New England)

Une bière assez légère avec un nez aux arômes variés de citron et de pomme verte. On sent relativement bien le houblon pour une Pale Ale avec un ABV de 5,3. Le corps reste toutefois léger avec un arrière-goût de houblon vivifiant et résineux. Il ne se propage certes pas tout au long de la dégustation et il ne peut pas non plus être qualifié d’imposant au niveau du goût mais finalement, pas besoin d’en avoir plus. En effet, cette Pale Ale fait parfaitement son travail en proposant quelque chose de vivifiant et de rafraîchissant.

B

02 - 85+, 03 - IPA

Triple Freaky

Triple Freaky – Funky Fluid
(IPA – Triple New England)

Les houblons utilisés pour brasser cette bière sont vraiment aromatiques et cela se ressent dans le nez. Les effluves sont nombreuses mais on décèle rapidement le résineux des épines de pin, le pamplemousse amer et quelques touches de fraises des bois. En bouche, malgré l’appellation de Triple IPA, le breuvage passe bien. Alors, oui bien sûr, on prend quelques claques amères en bouche mais le tout reste assez bien équilibré (petites touches esthétiques ci et là malgré tout) pour permettre une dégustation sereine. Finale longue et aromatique qui offre la part du lion au houblon mais sans pour autant tout écraser sur son passage. Pour une bière à 9°, on ne peut pas dire qu’elle soit indigeste, loin s’en faut.

B+